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Léa
Après les Fou de Bassan de Bass-rock j’aimerais te présenter un lieu étonnant du nord de l’Europe, un endroit mythique pour les photographes de paysages, un lieu aux mille et une cartes postales qui malgré les apparences ne se laisse pas facilement apprivoiser. En une semaine, accompagné de températures approchant les moins dix degrés avec des ressentis entre moins quinze et moins vingt, j’y ai rencontré plus de tempête de neige que de journées ensoleillées. Parka, gants, bonnet, crampons aux pieds, furent les éléments de première nécessité et biens contraignants.
Nous étions huit pingouins dont un manchot royal et un autre plus modeste avec deux mains gauches. Il est inutile que je te fasse une description du dernier. Personnellement, je n’avais encore jamais essayé de prendre des photos avec des gants de boxe. Trépieds, appareil photo, ‘’gants de boxe’’ c’est fait. Pas toujours évident quand il faut progresser, dans le vent, parmi des rochers vicieusement dissimulés sous la neige et changer ses filtres en fonction du ciel. Un ciel inconstant, imprévisible, qui, après un sourire en moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire peut te gifler. Enfin, j’ai survécu et tant bien que mal j’ai pu réaliser une poignée images. Je suis entièrement d’accord avec toi, il n’y a pas de quoi se taper le cul par terre (excuse la hardiesse de l’expression). Mais, il fallait bien que je te ramène quelque chose.
Généralement j’utilise le noir et blanc pour sublimer ce qui se présente en face de moi et laisser à chacun sa part d’imaginaire, sa part de rêve. Ici, le noir et blanc est le reflet de mon mal être. Malgré d’agréables compagnons, le rêve fut cauchemardesque. J’avais l’impression de faire et refaire toujours la même image, mille fois vue et revue, sans âme, sans profondeur. Je le conviens, ceci m’appartient et ne fut certainement pas partagé par mes compagnons.
Léa, je ne connais pas les esprits malins qui hantent cet endroit et tu trouveras certainement, après ce que je viens d’écrire, que je suis un peu bizarre, voir maso, mais, malgré cette pénible expérience, j’ai bien envie de me refrotter a ce géant du nord de l’Europe. J’aime les challenges. Je suis persuadé qu’en étant mieux préparé pour le froid et la neige (c’était ma première expérience), en respectant mon propre rythme, en prenant le temps de me poser, de la réflexion à chaque image, que je pourrais peut-être te présenter un autre regard sur ce décor de cinéma qui cachent bien des secrets.
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