J’avais oublié, venant à Venise, qu’il était parfois judicieux de joindre à ses bagages une paire de cuissardes ou de grands sacs poubelles. Hier, Venise s’est réveillée non les pieds dans l’eau, ce qui, pour cette vieille dame, est tout à fait normal, mais l’eau effleurant le genou. Une forte marée, un vent venu d’Afrique additionné à une pluie abondante suffirent à rendre impraticables places et ruelles. Se déplacer d’un point à un autre, pouvait, dans bien des cas, constituer un véritable défi. Néanmoins, quelques touristes tentèrent l’expérience. Les plus téméraires, ou les mieux équipés atteignirent même les passerelles de la place Saint Marc. Une place, en ce jour, étrangement désertée par ses traditionnels pigeons.
Dans cet énième voyage, j’ai cherché à approcher une Venise dans laquelle, au contour d’un canal, d’une place ou d’un pont, se reflèteraient des images fantômes émergeant d’un passé chargé d’histoire. Parfois, dans cette quête, je me suis heurté à un mur, où, mon approche de l’image photographique, pour rester honnête, atteignait ses limites. Malgré cela, je me suis imprégné avec bonheur d’une Venise pour moi nouvelle où les milliards de touristes se liquéfiaient en des ombres éphémères. La Sérénissime, avec pudeur, m’offrait un autre visage.
Comme tu t’en doutes, je suis allé prendre un chocolat chaud au café Florian, un chocolat de renommée mondiale, qui, cela dit, sans chauvinisme, n’est pas supérieur à celui de notre café de Flore du boulevard Saint Germain.
Pour la petite histoire c’est de ce haut lieu des arts et de la littérature que je t’écris cette lettre, peut-être même, allons savoir, de la table où George Sand répondait à celles d’Alfred de Musset.
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